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Avant-première "Colonel Lofti" : Une noble figure revisitée

3 avril 2015 | 21:16
Mounira A-Seka.


Le film retraçant le parcours du colonel Lotfi, une des plus grandes figures de la guerre de libération, réalisé par Ahmed Rachedi, a été projeté en avant-première, mercredi, à la salle Ibn Khaldoun.


L’aventure de ce film commença avec le casting sous la responsabilité de M. Ali Djebbara, puis le repérage des lieux comme l’ancien siège du commissariat français, l’école franco-musulmane et La Casbah.


Le rôle du plus jeune commandant de la guerre de Libération a été confié au jeune talent Youcef Sehairi qui a été à la hauteur de la confiance que M. Rachedi a mise en lui. « Je ne peux pas travailler si je n’ai pas confiance en mes acteurs ! » souligne-t-il, avant de rajouter que « tout s’est bien déroulé, tout le monde était bien concentré sur son rôle, si bien que parfois, l’émotion envahissait l’atmosphère ».


Entre le début du tournage qui s’est passé en hiver, à Tlemcen, sous une pluie battante et la fin, la plus dure, à Béchar où les températures frôlaient les 55°C à l’ombre, le staff a bien subi les caprices du ciel, mais aussi des reliefs où la plupart des scènes montraient les maquis où s’abritaient les moudjahidine.


Ahmed Rachedi, ce grand séducteur de cinéphiles, s’est appliqué dans la réalisation du scénario écrit par Mohamed Bekhouche et dit avoir « été fidèle autant que possible aux faits relatés et retracés à travers l’histoire » et souligne que « Le ministère de la Défense nationale qui nous a fourni les armes de l’époque et l’artillerie ainsi que les avions, nous a beaucoup aidé à retracer les évènements (bombardements, rafles et affrontements militaires). » 


C’est en effet les séquences les plus marquantes que celles des bombardements du village de Ouled Moussa, à Beni Sennous, appelé aussi le village des 1 000 martyrs, où même le figurant le plus jeune, un enfant d’à peine quatre ans, fait vivre le spectateur les affres du colonialisme et toute l’injustice, de la destruction massive des propriétés et des vies arrachées gratuitement.


Le dialogue a aussi bien décrit les enjeux politiques intérieurs et extérieurs, ce qui ne peut que servir la société à retrouver cette mémoire souvent perdue parmi les plus jeunes générations.


Il indique à cet effet que Lotfi , se distingua des précédents films d’Ahmed Rachedi, à savoir Mustapha Ben Boulaïd et Krim Belkacem, par le fait que le protagoniste ait rejoint le maquis à l’âge de 21 ans, et possédait une culture importante puisqu’il était un parfait bilingue et a donné un souffle nouveau à la révolution.


« Le colonel Lotfi était instruit, ce qui a donné un souffle nouveau à la Révolution algérienne, et fut un stratège hors pair et un grand homme de terrain, il avait l’Algérie au plus profond de son être, et le fait de se retrouver avec le grade de colonel à l’âge de 25 ans n’a fait que concrétiser la reconnaissance du commandement militaire de l’ALN », a souligné M. Ahmed Rachedi à l’issue de la projection du film.


Youcef Sehairi


Ce jeune talent d’à peine trente ans, qui a ému plus d’un en incarnant le rôle du colonel Lotfi, est né à Laghouat en 1985. Il répondit à l’appel des planches, à l’âge de neuf ans et ce n’est que sept ans plus tard, pendant lesquels il prend part à des pièces théâtrales, qu’il décroche un second rôle dans Jour de cendre (2011) et deux ans plus tard, un premier rôle dans Le sang des loups.


Youcef a surpris plus d’un, en plus de sa ressemblance frappante avec ledit colonel, par sa stature, sa prestance et l’incarnation presque parfaite du personnage puisqu’ « on ne peut jamais jouer parfaitement le rôle d’une personnalité qui a existé », dit-il.


Pour ce faire, le réalisateur a mis le jeune talent en contact avec la famille du défunt qui lui ont tout dévoilé ou presque de la personnalité du frère et de l’époux qu’il était, en lui montrant des photos, lui racontant des anecdotes ou encore en lui remettant quelques affaires qui lui appartenaient. Youcef ne s’est pas arrêté à tâter les souvenirs du défunt, mais s’est aussi beaucoup entraîné à prononcer les mots à la tlemcénienne afin d’épouser correctement son rôle.


Cette jeune figure du cinéma algérien dévoile son talent sous la direction de M. Rachedi, dans la peau du colonel Lotfi qui a du mal à s’en défaire. « Je ne sais pas comment vous dire cela, mais Ahmed Zaki l’a résumé pour moi lors d’une interview : à chaque fois que je sors d’un personnage, c’est une partie de moi qui s’arrache !


Le personnage m’a beaucoup apporté, beaucoup appris et ai découvert en moi des choses dont je ne pensais être capable comme courir sous un soleil de plomb avec une arme lourde en disant mon texte ! » dit-il en souriant. Youcef Sehairi est un nom à retenir et une étoile à suivre que le septième art algérien espère ne pas voir filer.


Le colonel Lotfi :


Tombé au champ d’honneur à l’âge de 26 ans par l’armée coloniale française, ce plus jeune leader de la révolution algérienne aurait été une des plus importantes personnalités à bâtir un Etat algérien indépendant.


C’est à Tlemcen, le 5 mai 1934 que naquit le colonel Lotfi, Benali Boudghine, de son vrai nom. Il obtint son certificat d’études primaires en 1948 dans sa ville natale puis joignit l’école franco-musulmane où l’idée de rejoindre le maquis commença à le travailler. Il commença ses actes patriotiques en placardant l’appel du 1er-Novembre 1954, puis rejoignit le maquis en octobre 1955 alors qu’il n’avait que 21 ans. 


Il s’engagea dans les rangs de l’ALN dans la Zone V, alors représentée par Larbi Ben M’hidi, et occupe le poste de secrétaire particulier de Si Djaber. Il sera ensuite amené à s’occuper de la section de Tlemcen et Sebdou et à installer les cellules clandestines du FLN naissant.


Son sens d’organisation, son intelligence et ses mesures de précaution le firent vite remarquer ce qu’il lui valut sa désignation au poste de responsable de la structuration des réseaux des « fidayine » dans l’Oranie.


 


Sous la coupe de Ben M’hidi


Quand la lutte armée s’intensifia, vers la fin des travaux du congrès de la Soummam du 20 août 1956, auxquels les représentants de l’Oranie ont eu une part active, grâce à la présence de Larbi Ben M’hidi qui en était l’un des principaux animateurs, Si Brahim qui fut son premier nom de guerre, se porta volontaire pour diriger les opérations militaires dans le Sud et mena plusieurs batailles décisives qui se soldèrent par de lourdes pertes dans les rangs de l’ennemi.


Il ne fut, toutefois, promu au grade de capitaine et chef de zone qu’en janvier 1957. Son ascension se fit de plus en plus rapide, en devenant commandant de la zone d’Aflou sous le nom de Lotfi, et membre du Conseil de direction de la Wilaya V.


En mai 1958, Lotfi fut promu au grade de colonel et désigné à la tête de la Wilaya V. Cette période marquée par l’installation des lignes Challe et Morice aux frontières Est et Ouest, visant essentiellement à empêcher l’acheminement des armes pour les maquis à travers les frontières tunisiennes et marocaines, chose qui alourdit la responsabilité du colonel Lotfi, et l’obligea à redoubler d’effort pour contrer ce blocus infernal, tout en veillant à la poursuite du combat.


Au début de 1960, il assiste aux travaux du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) tenus à Tripoli où il releva des observations concernant son déplacement répétitif à l’étranger « pendant que les Algériens payent de leur vie. », mais aussi le fait qu’il n’y ait aucune femme parmi eux, dans le volet politique alors qu’elle « est l’égale de l’homme puisqu’elle est avec nous au djebel, elle soigne ses frères et sœurs de combat, mais elle porte les armes et défend le pays autant que l’homme ».


Politiquement, S’si Lotfi était clair et son intégrité, sa perspicacité le démarquèrent des accrochages verbaux qui émaillaient les conclaves auxquels il avait eu l’occasion d’assister, à Tunis, au Caire et enfin à Tripoli.


Il dénonça, auprès de Ferhat Abbas, alors président du GRPA, cette « tendance fasciste » chez certains chefs militaires qui, selon ses mots « rêvent d’être des sultans au pouvoir absolu. », et d’une perspicacité absolue, il ajouta : « Derrière leurs querelles, j’aperçois un grave danger pour l’Algérie indépendante. Ils conservent du commandement qu’ils exercent le goût du pouvoir et de l’autoritarisme. »


Il prévoyait la guerre des clans entre le GPRA et les wilayas qui lui étaient dévouées, et l’état-major de l’armée qui va éclater à l’annonce de l’Indépendance, chose qui mettra le peuple qui lui était cher dans le désarroi au lendemain de l’indépendance chèrement payée. Dans les notes de Ferhat Abbas on peut y lire les impressions du jeune colonel, profondément déçu par la tournure des événements :


« L’atmosphère au sein de la Délégation extérieure, nota-t-il, lui faisait peur. Les luttes sourdes des colonels ne lui avaient pas échappé. Il en était épouvanté : j’aime mieux mourir dans le maquis que de vivre avec ces loups. » Cette attitude chevaleresque d’un homme dévoué pour sa cause, celle de sa patrie, fera de lui un symbole du martyre.


Il rentra en Algérie par Béchar dont l’ennemi encercla le djebel et y déploie 1225 militaires, aviateurs et parachutistes alors que le colonel n’était accompagné que de ses quatre compagnons de combat et tomba sous les balles, ce jour, le 27 juin 1960 à Djebel Béchar, deux ans avant l’Indépendance.
 

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